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L’agentivité sexuelle : ce concept puissant encore méconnu (ou mal compris)

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Une vulgarisation et une analyse critique du fameux concept d’agentivité sexuelle. 


On entend souvent dire que, pour vivre une sexualité saine et sécuritaire, il faut « s’affirmer », « dire non », « savoir ce qu’on veut ». Cette idée repose sur un concept clé en intervention sexologique : l’agentivité sexuelle. Mais est-ce vraiment aussi simple ? Et est-ce suffisant ?

C’est quoi, l’agentivité sexuelle, au juste ?

C’est le fait de savoir et de sentir que l’on est à l’origine de ses choix et de ses actions en matière de sexualité. C’est être en mesure de décider pour soi, d’agir selon ses envies et ses limites, et de se sentir responsable de sa propre sexualité. 

Dans le discours populaire, l’agentivité sexuelle est souvent associée au fait de : 

  • démontrer de la confiance en soi

  • faire preuve d’assertivité ; 

  • savoir dire non clairement ;

  • ne pas se laisser influencer ;

  • ne pas accepter une relation sexuelle qui n’est pas épanouissante. 

Bref, être une personne forte et autonome, qui se connaît très bien et exprime sans hésiter ses désirs et ses limites. Elle fait toujours des choix qui lui conviennent à 100% au niveau sexuel.


Sur papier, ça semble positif. Mais cette vision – un peu simpliste - pose problème.

Une vision réductrice d’un concept riche

Cela crée une fausse opposition entre les “agent-es” (les personnes perçues comme affirmées) et les “victimes” (celles qui se conforment, celles qui acceptent). En réalité, les choses sont beaucoup plus complexes et tous les individus ont de l’agentivité sexuelle. Mais pas nécessairement d’une façon uniforme ni avec les mêmes marges de manœuvre. 

Par exemple, certaines personnes prennent des décisions dans des contextes de fortes contraintes sociales, économiques ou relationnelles : 

  • accepter une relation sexuelle pour avoir un endroit où dormir ou maintenir une relation intime pour préserver une stabilité financière;

  • composer avec les attentes de l’autre pour éviter un conflit. 

Cela ne ressemble peut-être pas à l’image idéalisée de l’agentivité sexuelle, mais si la personne sait et sent qu’elle est à l’origine de ses actions, ce sont des choix agentifs. Ceux-ci peuvent lui permettre à de prendre en charge sa situation, de répondre à des besoins immédiats ou de préparer l’avenir. Ignorer ces formes d’agentivité, dites « passives », c’est invisibiliser la réalité de nombreuses personnes.

Le piège de la responsabilisation individuelle 

On traite généralement l’agentivité sexuelle comme une compétence à développer individuellement. Pour y arriver, la responsabilité et le travail sont mis sur leurs épaules. Par exemple, on leur propose de s’inscrire à des programmes d’empowerment qui apprennent aux filles et aux femmes à être plus confiantes, s’affirmer davantage et développer leur estime de soi. Ou, encore, on leur montre des campagnes publicitaires qui demandent aux filles et aux femmes d’agir différemment pour être plus prudentes et plus conscientes des dangers qui les guettent.  

Cependant, on met souvent de côté :  

  • les inégalités de genre;

  • le racisme;

  • la précarité économique;

  • les rapports de pouvoir.

Le message implicite devient alors le suivant : si une personne vit de la vulnérabilité sexuelle – c’est-à-dire une situation où il y a une probabilité accrue de subir des violences sexuelles, de contracter des ITSS ou de vivre une grossesse non désirée - c’est qu’elle n’a pas été assez agentique, n’a  pas développé les bons réflexes. Et ça, c’est profondément injuste. L’agentivité est puissante, oui… mais pas toute seule !

L’agentivité sexuelle est cruciale à notre compréhension du monde. Elle permet de reconnaître les personnes comme des sujets actifs, et non seulement comme des victimes potentielles. Mais elle n’est pas suffisante pour comprendre et régler les déséquilibres de pouvoir face à la sexualité.

On ne peut pas demander aux individus de compenser, par leur seule volonté, des systèmes d’inégalités bien ancrés. La vulnérabilité sexuelle ne disparaîtra pas uniquement parce que les filles et les femmes apprennent à mieux dire non.

Et maintenant, on fait quoi ?

Réfléchir à l’agentivité sexuelle, ce n’est pas abandonner le travail sur soi. Il faut continuer à mieux connaître nos désirs et à s’affirmer, mais il faut aussi reconnaitre : 

  • la diversité des formes d’agentivité ;

  • la réalité des personnes plus vulnérables ; 

  • le besoin de changements collectifs et structurels.

Il faut créer des environnements plus justes, plus sécuritaires et plus égalitaires. C’est une responsabilité sociale.


Florence Vallières stagiaire au baccalauréat en sexologie

Édité par Myriam Daguzan Bernier, sexologue B.A.


Sources :

Bay-Cheng, L. Y. (2019). Agency Is Everywhere, but Agency Is Not Enough:

A Conceptual Analysis of Young Women’s Sexual Agency, The Journal of Sex Research, 56:4-5, 462-474, DOI: 10.1080/00224499.2019.1578330

Bay-Cheng, L. Y. (2015). The Agency Line: A neoliberal metric for appraising young women’s sexuality. Sex Roles, 73, 279–291. doi:10.1007/s11199-015-0452-6


Lang, M.-È. (2011). L’« agentivité sexuelle » des adolescentes et des jeunes femmes : une définition. Recherches féministes24(2), 189–209. https://doi.org/10.7202/1007759ar




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